Non. L’Ordre national des infirmiers n’a pas le pouvoir d’interdire une activité que la réglementation autorise. Ce qu’il peut faire, et ce qu’il fait, c’est sanctionner la manière dont cette activité est exercée et présentée. La nuance est toute la réponse à la question, et elle se joue sur trois points précis : le titre que vous utilisez, la façon dont vous communiquez, et la frontière entre vos soins et votre activité esthétique.
L’essentiel
L’épilation laser et IPL à visée esthétique est ouverte aux infirmières, sous condition de formation. Le décret n° 2024-470 du 24 mai 2024 a créé cette obligation, l’arrêté du 19 février 2025 en a fixé le contenu, et le Conseil d’État l’a confirmée par sa décision n° 496304 du 12 mars 2026. L’arrêté du 11 août 2026 a reporté la mise en conformité au 1er septembre 2027 pour les professionnels déjà en activité.
L’Ordre intervenant sur un autre terrain, celui de la déontologie, le risque disciplinaire réel ne porte donc pas sur le fait de pratiquer. Il porte sur l’emploi de titres proscrits, sur la publicité, et sur la confusion entretenue entre une activité de soin et une activité esthétique.
Ce que l’Ordre peut sanctionner
Trois comportements reviennent systématiquement.
Le titre. Les appellations d’infirmier esthétique et d’infirmier lasériste sont interdites, au titre des articles R.4312-56 et R.4312-69 du code de la santé publique. Ces termes sont très répandus en ligne, et leur fréquence ne les rend pas plus licites. Une infirmière qui pratique l’épilation laser reste infirmière, et exerce par ailleurs une activité esthétique.
La publicité. La communication d’une infirmière est encadrée. Une promotion construite sur des promesses de résultat, des avant-après ou des offres de type remise commerciale expose davantage que l’activité elle-même.
La confusion des deux activités. C’est le point le plus souvent sous-estimé. Présenter l’épilation laser comme un acte de soin, l’inscrire sur un support professionnel aux côtés de vos actes infirmiers, ou laisser croire à une prise en charge, crée précisément le mélange que la déontologie proscrit.
Ce que disent les textes
Le décret n° 2024-470 ouvre la pratique sous condition de formation, et le Conseil d’État l’a confirmé le 12 mars 2026. Aucun texte ne subordonne cette pratique à une autorisation préalable de l’Ordre.
Ce que le code de déontologie encadre, en revanche, ce sont les titres que vous employez, la façon dont vous communiquez et la séparation entre vos soins et votre activité esthétique. Votre exposition se joue donc sur ces trois points, et ce sont trois points sur lesquels vous gardez la main.
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Les trois règles qui vous mettent à l’abri
Un, séparez. Deux activités, deux identités de communication, deux supports. Votre plaque et vos documents infirmiers d’un côté, votre communication esthétique de l’autre. Aucun document ne doit mélanger les deux.
Deux, nommez correctement. Vous êtes infirmière, et vous pratiquez l’épilation laser à visée esthétique. Jamais infirmière esthétique, jamais infirmière lasériste.
Trois, documentez. Attestation de formation, contrat d’assurance mentionnant expressément l’activité d’épilation laser, déclaration de l’activité. Un dossier complet est la meilleure réponse à une question de l’Ordre, et la seule qui tienne en cas de contrôle.
Et le regard des consoeurs ?
C’est la crainte que nous entendons le plus souvent en rendez-vous, et elle est rarement formulée d’emblée. Elle n’est pas de nature juridique, elle est sociale. L’obligation de confraternité impose de ne pas dénigrer une consoeur, elle n’interdit à personne de diversifier son activité.
Plusieurs de nos clientes rapportent l’inverse de ce qu’elles craignaient : une fois l’activité connue, les demandes d’épilation leur sont orientées plutôt que disputées. La diversification crée un adressage.
Est-ce vraiment un risque pour vous ?
Si vous exercez avec l’attestation prévue par l’arrêté du 19 février 2025, avec une assurance qui couvre nommément l’activité, sans employer de titre proscrit et sans mélanger vos supports, votre exposition disciplinaire est faible. Les difficultés dont nous avons connaissance portent presque toujours sur l’un de ces quatre points, et le plus souvent sur le titre.
Si l’un des quatre n’est pas en place, le sujet n’est pas l’Ordre. Le sujet est de le mettre en place avant de recevoir votre première cliente.
Les quatre pièces du dossier, étape par étape : la check-list avant de démarrer.
La position Olenza
Nous considérons que la peur de l’Ordre est entretenue par un flou qui arrange tout le monde sauf les infirmières. Les textes existent, ils sont lisibles, et ils autorisent l’activité sous condition. Notre rôle est de vous donner les quatre pièces du dossier et de vous dire franchement ce qui est interdit, y compris quand cela nous coûte un argument commercial. Nous n’employons jamais l’expression d’infirmière esthétique, et nous demandons à nos partenaires de ne pas l’employer non plus.
Mise à jour le 15 octobre 2026. Cet article décrit l’état du droit à cette date et ne constitue pas un conseil juridique. Pour une situation individuelle, rapprochez-vous de votre conseil, de votre assureur et des textes de référence.
Olenza est un organisme de formation enregistré sous le numéro 75331873933. Cet enregistrement ne vaut pas agrément de l’État.
Questions fréquentes
L’Ordre national des infirmiers peut-il m’interdire de pratiquer l’épilation laser ?
Non. L’épilation laser et IPL à visée esthétique est autorisée sous condition de formation, depuis le décret n° 2024-470 du 24 mai 2024, confirmé par le Conseil d’État le 12 mars 2026. Aucun texte ne subordonne cette pratique à une autorisation de l’Ordre. Le code de déontologie encadre en revanche les titres employés, la communication et la séparation entre les activités.
Puis-je me présenter comme infirmière esthétique ?
Non. Les titres d’infirmier esthétique et d’infirmier lasériste sont interdits au titre des articles R.4312-56 et R.4312-69 du code de la santé publique. La formulation correcte est : infirmière, pratiquant l’épilation laser à visée esthétique.
Dois-je prévenir l’Ordre avant de commencer ?
Aucun texte n’impose une autorisation préalable de l’Ordre pour une activité esthétique distincte de l’exercice infirmier. En revanche, la déclaration de l’activité à votre assureur et la mise à jour de votre situation administrative sont des étapes que nous considérons comme non négociables.
Que risque-t-on concrètement en cas de manquement ?
Un manquement au code de déontologie relève de la procédure disciplinaire ordinale. Les difficultés dont nous avons connaissance portent presque toujours sur l’usage d’un titre proscrit ou sur une communication non conforme, pas sur l’activité elle-même. Pour une situation individuelle, rapprochez-vous de votre conseil.
Mes consoeurs peuvent-elles me reprocher cette activité ?
L’obligation de confraternité interdit le dénigrement entre professionnelles, elle n’interdit pas la diversification. Rien dans la déontologie infirmière ne fait de l’épilation laser une activité fautive dès lors qu’elle est exercée dans les règles.
Faut-il séparer physiquement les deux activités ?
La séparation exigée est d’abord une séparation de présentation : supports, communication, documents. Sur le local, les repères sont différents et relèvent des conditions d’exercice, que nous traitons dans notre article consacré au lieu d’exercice.
Jusqu’à quand puis-je me mettre en conformité ?
Le 1er septembre 2027 pour les professionnels déjà en activité, échéance fixée par l’arrêté du 11 août 2026 qui a modifié l’arrêté du 19 février 2025. Pour une activité nouvelle, la formation doit précéder la pratique.
Votre dossier est-il complet ?
Attestation de formation, assurance qui couvre l’activité, déclaration, communication conforme. On regarde votre situation ensemble, sans engagement.
Pour aller plus loin : la page de référence réglementaire, ce que vous avez le droit de communiquer, et cumuler l’activité avec votre patientèle.